Introduction
Le Québec se situe actuellement à un carrefour crucial en matière d’innovation technologique. Avec des institutions de recherche reconnues mondialement comme la Mila et IVADO, le Québec jouit d’un écosystème qui nourrit régulièrement des percées scientifiques majeures. Cependant, pour que ce potentiel se traduise concrètement en entreprises d’envergure mondiale, il faut résoudre de nombreux défis et s’adapter aux spécificités du développement DeepTech.
Le Québec face à la révolution technologique

L’écosystème privilégié pour l’émergence des entreprises DeepTech
La province québécoise dispose d’un écosystème privilégié pour l’émergence des entreprises DeepTech. Les universités et instituts de recherche, comme la Mila et IVADO, sont au cœur de cette dynamique, alimentant régulièrement le marché avec des avancées scientifiques. Ces institutions jouent un rôle crucial dans la formation d’une main-d’œuvre hautement qualifiée en STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques). En effet, près de 25% des diplômes de deuxième cycle délivrés au Québec sont dans les domaines de la STEM.
La Mila est un institut d’apprentissage automatique créé par le Professeur Yoshua Bengio en 1993. Avec plus de 700 membres, c’est l’un des plus grands groupes d’IA au monde. IVADO (Institut de valorisation des données), quant à lui, est une organisation axée sur la recherche appliquée et la formation en analyse prédictive des données. Ces deux institutions fournissent non seulement des compétences avancées mais également un réseau précieux pour les startups DeepTech.
Innovation appliquée au service du développement durable

Le Québec n’est pas seulement un producteur de connaissances théoriques, mais aussi un acteur majeur en matière d’innovation appliquée. L’institut CIFAR (Institut canadien des recherches avancées) joue également un rôle essentiel dans la promotion et le financement de projets innovants, en particulier ceux qui visent à résoudre des défis sociétaux majeurs grâce aux technologies.
Par exemple, l’entreprise québécoise DeepSense a développé une technologie d’apprentissage profond pour aider les agriculteurs à surveiller la santé de leurs cultures. L’analyse des images satellites et drones permet de détecter précocement les problèmes de santé des plantes et ainsi agir rapidement pour éviter des pertes économiques.
Le défi de financement
Investissements initiaux limités

Les startup DeepTech québécoises font face à un dilemme : leur développement nécessite souvent de longues périodes d’investissement avant qu’elles ne puissent atteindre l’échelle commerciale. Cela peut être en partie dû au fait que les investisseurs traditionnels ont tendance à évaluer ces entreprises selon des critères plus appropriés aux startups de logiciels.
Financement public et rôle critique
Les fonds de capital-risque (FCR) sont un soutien crucial pour les entrepreneurs québécois, mais ils doivent adopter une approche différente pour le financement des startups DeepTech. Le Québec a déjà fait des progrès significatifs dans ce domaine, avec la création de programmes comme l’EIC Pre-Accelerator qui offre des subventions allant de 300 000 à 500 000 euros pour les plus petites organisations DeepTech.
Ces fonds publics jouent un rôle crucial en réduisant le risque perçu par les investisseurs privés et en fournissant une validation de la mérite technique. Par exemple, l’entreprise québécoise D-Wave Systems a reçu des financements gouvernementaux importants pour développer ses ordinateurs quantiques.
Stratégies pour réussir
Communication claire entre aspects techniques et commerciaux
Pour les fondateurs québécois de startups DeepTech, plusieurs stratégies peuvent augmenter leurs chances de succès. Premièrement, il est crucial que les équipes parlent à la fois des aspects techniques et commerciaux de leur entreprise. Les progrès ne doivent pas être présentés uniquement sous forme d’étapes scientifiques, mais également en termes de résultats sur le marché.
Subventions gouvernementales comme type essentiel de capital
Deuxièmement, les subventions gouvernementales devraient être considérées comme un type essentiel de capital. Ces financements non dilutifs peuvent valider la pertinence technique du projet et prolonger la période de mise en œuvre sans diluer davantage l’équité des fondateurs.
Création de jalons intermédiaires compréhensibles
Troisièmement, les fondateurs doivent créer des jalons intermédiaires compréhensibles au-delà des cercles spécialisés. Par exemple, cela peut inclure des essais pilotes payants, des tests environnementaux ou des prototypes alignés sur les régulations industrielles. Ces étapes démontrent le mouvement de l’entreprise, même si elles ne sont pas encore des produits finis.
Relations commerciales précoces avec des partenaires industriels
Enfin, les relations commerciales précoces avec des partenaires industriels peuvent être essentielles pour apporter une crédibilité tangible à la proposition d’affaires. Par exemple, des entreprises comme Atos et Siemens opèrent déjà des programmes d’innovation qui soutiennent la validation technique précoce.
Évolution de l’écosystème québécois
Besoin d’investisseurs spécialisés en DeepTech
Pour que le Québec devienne un centre mondial en DeepTech, il est essentiel que les fonds de capital-risque évoluent pour accompagner ces startups sur des durées plus longues. Les fonds généralistes jouent actuellement un rôle important aux premières étapes, mais l’expansion du nombre d’investisseurs spécialisés en DeepTech serait bénéfique.
Développement de la culture d’investissement à long terme
Ces investisseurs peuvent fournir non seulement le capital nécessaire mais aussi les réseaux techniques et industriels qui sont cruciaux pour la croissance des startups DeepTech. Par ailleurs, il est important de développer une culture d’investissement à long terme, plus similaire à celle des fonds dans l’industrie des sciences de la vie.
Opportunités de souveraineté technologique
Capacité à générer des innovations scientifiques majeures
La position du Québec en matière de DeepTech est directement liée à sa capacité à assurer une souveraineté technologique. Avec ses universités et instituts de recherche parmi les meilleurs au monde, le Québec a déjà montré qu’il peut générer des innovations scientifiques majeures. Cependant, il reste un pas crucial à franchir : traduire cette excellence technique en leadership commercial.
Confiance externe pour améliorer l’environnement précoce
L’engagement financier récent du Japon pour soutenir l’écosystème québécois de la DeepTech et de l’intelligence artificielle montre que d’autres pays voient le potentiel industriel de ces innovations. Cette confiance externe peut inciter les institutions québécoises à améliorer davantage leur environnement précoce pour soutenir les startups, plutôt que de compter uniquement sur l’excellence technique.
FAQ
Quels sont les principaux défis auxquels font face les startups DeepTech au Québec?
Les principales difficultés incluent le besoin d’investissements à long terme, la nécessité de créer des jalons commerciaux clairs en plus des jalons techniques et le besoin d’engagement avec des partenaires industriels pour apporter une crédibilité tangible.
Quelle est l’importance de l’écosystème québécois en DeepTech dans la souveraineté technologique?
L’écosystème québécois, grâce à ses institutions de recherche de premier plan comme Mila et IVADO, joue un rôle crucial dans le développement d’une souveraineté technologique. Cependant, pour que cette souveraineté soit complète, il faut traduire cette excellence scientifique en leadership commercial.
Comment les investisseurs peuvent-ils mieux soutenir les startups DeepTech québécoises?
Les investisseurs doivent adopter une approche plus patiente et spécialisée, en créant des jalons intermédiaires compréhensibles pour les parties prenantes non techniques et en valorisant le rôle des subventions gouvernementales comme source de capital.
Quels sont les exemples concrets d’entreprises québécoises réussies dans la DeepTech?
Des entreprises comme CogniCor, qui utilise l’intelligence artificielle pour améliorer les interactions clients et la satisfaction client en automatisant le support technique; ou encore Echogen Power Systems, une startup spécialisée dans les systèmes de conversion d’énergie de chaleur en électricité à partir des sources de chaleur résiduelle. Ces entreprises ont toutes deux bénéficié du soutien financier et technique de l’industrie québécoise.
Conclusion
Le Québec possède un potentiel unique pour devenir une puissance mondiale dans le domaine de la DeepTech grâce à ses institutions d’excellence en recherche, son écosystème de startups dynamique et sa main-d’œuvre qualifiée. Pour transformer ce potentiel en réalité, il est essentiel d’adapter les modèles de financement aux spécificités du développement des technologies profondes et de renforcer la collaboration entre l’industrie, les universités et le gouvernement pour promouvoir une souveraineté technologique durable.
